La formation du jeune citoyen : le conseil des élèves

Souvent, la pratique de la citoyenneté à l'école se traduit par un discours moralisant de l'enseignant qui ira même jusqu'à utiliser les conseils d'élèves pour controler son groupe et dicter les lois de comportement et de travail dans l'école.

Aller à l'école, pour l'enfant, c'est construire sa vie sociale sans ses parents, c'est le début de la construction de sa propre vie : comment entrer en relation avec les autres, pour quel partage ? Comment Etre et Exister en trouvant sa place au milieu d'eux ?

Dans la plupart des cas, l'élève est seul au milieu des autres : son travail est noté et il est identifié par ses notes.
La reconnaissance du groupe se fera à travers le regard que lui porte l'institution.

Abandoner la notation c'est affirmer la primauté de l'élève, c'est passer du concept de l'élève standard à l'élève réel, maître de ses apprentissages.

Dans les classes Freinet, l'apprentissage de la citoyenneté se fait dans l'organisation d'une coopération d'élève. La citoyenneté ne s'apprend pas dans des leçons : elle se vit.

Grâce à la pratique régulière du conseil, nos élèves créent leurs lois, discutent des conflits et des bagarres, des violences physiques et verbales, des chantages, des intimidations, des difficultés à se faire des amis, du désir d'être aider, par la mise en mots.
"Parler c’est faire reculer la violence".

Pendant les conseils, l'enseignant montre une neutralité bienveillante et n'intervient que pour faire respecter les règles d'écoute.

A l'aide des conseils, les enfants s'organisent pour travailler coopérativement en imaginant comment mettre en place l'entraide et la solidarité dans le travail.

Dans ma classe, le conseil des élèves a lieu une fois par semaine, le lundi de 13h30 à 14h15.
C’est la clé de voûte du système, c’est le moment où la classe fait le point et tente de s’administrer.

Afin d’établir un ordre du jour à chaque conseil, une grande feuille vierge est affichée  en classe.
Chacun, y compris l’enseignant, transcrit ou dessine (au début CP) seul ou avec l’aide d’un autre, ce qu'il veut voir évoquer au conseil. 
Cette affiche reste à la disposition des enfants pendant une semaine jusqu’au prochain conseil.

S’installer pour le conseil, c’est mettre nos chaises en rond de façon à ce que tous se regardent pour se parler.

Dans un premier temps, j’assure le rôle de Président et de Secrétaire jusqu’à ce qu’un membre de la communauté-classe est le désir de s’essayer à l’exercice du pouvoir de distribuer la parole et d’assurer l’ordre, afin que chacun puisse s’exprimer quand il le demande, en levant le bras.

Le choix du Président du conseil, se fait sur le volontariat : les élèves font une liste, chacun peut s’inscrire et chaque lundi, nous regardons à qui le tour de diriger le conseil, c’est à dire : à qui le tour de gouverner ?


Le cahier du conseil tenu par le secrétaire
Le cahier du conseil tenu par le secrétaire

Le rôle de secrétaire me revient jusqu’à ce qu’un élève se sente l’envie de s’essayer à la prise de notes.
A chaque fin des conseils, le ou la secrétaire relit aux autres ces notes. Ici, nous ne nous intéressons pas à l’orthographe car nous favorisons plutôt l’exercice difficile de la prise de notes. Seul le sens compte quand l'enfant-secrétaire relis ses notes au groupe à la fin du conseil.

Au début de l’année j’explique à mes élèves qu’ils vont régulièrement se réunir pour réfléchir ensemble sur la meilleure façon de vivre et de travailler ensemble.
Je leur explique que la parole y est libre, qu’on peut parler de ce qui ne va pas, des bagarres avec d’autres, des gênes, des chantages...
Mais aussi on peut faire des propositions, dire des idées sur la vie dans la classe, sur des travaux en cours, sur des améliorations dans notre organisation.

Pendant le conseil, on respecte les règles d’écoute : on ne coupe pas la parole, seul le président distribue la parole et le secrétaire note les sujets abordés et les décisions prises.
L’enseignant doit être le moins directif possible et le plus discret possible pour s’effacer au profit de la parole des enfants et de l’échange entre eux.

Bien entendu, l’enseignant reste responsable du groupe et conserve son droit de veto.

Quand la parole est bloquée, le silence est à prendre en compte. L’enseignant ne doit pas se sentir obligé de parler, si le silence s’installe, on peut relancer la réflexion en proposant le mime de la situation conflictuelle.

Les élèves créent leurs lois dans la classe. Ils découvrent leurs droits et leurs devoirs et ils vont s’engager dans des responsabilités.

 

On détermine les responsabilités de chacun et chacun peut se proposer pour assurer une  responsabilité dans la classe. Ces responsabilités  sont tournantes afin que cela ne soit pas toujours les mêmes qui fassent les tâches les moins gratifiantes.

Leurs droits et leurs devoirs d'élèves sont écrits au fur et à mesure, sur des grandes feuilles affichées dans la classe. Les élèves s’aperçoivent vite de la réalité des décisions prises, donc du pouvoir de leur parole et des résultats de leurs négociations.

Le conseil est un moment dynamique, une fois les projets lancés et les buts du conseil entrevus, les élèves se révèlent fourmillant d’idées et de désir.
Généralement, après la Toussaint, la correspondance ayant démarrée et le premier journal étant paru, les élèves deviennent nettement plus actifs au niveau du conseil (voir les clubs).

 

Compte-rendu de conseils, niveau CE1