Avant-propos

Les méthodes pédagogiques du passé laissent sur le bas-côté des milliers d’enfants qui ne voient pas l’intérêt d’aller à l’école. Alors on entend dire qu’il faut remonter le niveau pour progresser, évidemment personne ne conteste qu’il faut le baisser ! Mais là n’est pas le problème.
Le problème c’est que le système scolaire a été conçu à une autre époque. Les enfants actuels vivent l’époque la plus stimulante de l’histoire de l’humanité. Ils sont submergés d’informations, leur attention est captée par tous les supports : ordinateur, IPhone, tablette, publicité, chaînes de télé par centaines et on leur reproche de ne pas se concentrer, sur quoi ?
Il y a les enfants scolarisés et les non-scolarisés ceux-ci sont qualifiés d’idiots, c’est-à-dire incapables de comprendre. Mais comprendre quoi ?Comme les matières sont enseignées isolément, il n’y a pas de lien logique et intéressant entre la leçon de grammaire du matin (en CE11 par ex, les pronoms personnels) et la leçon de géographie d’après ( les différents types de côtes), suivie de la leçon de mathématique ( comparer les nombres < et >).
A l’école primaire dès le CP, La pédagogie classique très répandue utilise trop souvent des fichiers tout prêts d’exercices répétitifs et mimétiques, les apprentissages sont alors des séries de techniques proposées dans des leçons qui sont en fait des réponses à des questions que ne sont pas posés les enfants. Cela n’a pas de sens. Nous adaptons les enfants à l’instruction en les anesthésiant, on devrait faire le contraire : les éveiller, réveiller ce qui est en eux.

Comment rallumer le désir et l’intérêt ?

Les enfants sont curieux du monde qui les entoure, ils posent de nombreuses questions et semblent ainsi posséder un désir spontané d’apprendre.
Tout questionnement exprimé par les enfants est précieux et c’est à l’enseignant de saisir « au vol » les curiosités exprimées, de les relever, voire de les susciter.
Partir des questions, des curiosités des élèves, de leur inventivité donne du sens à ce que l’on apprend en classe.

Les leçons devraient être des « recherches » organisées. Comment ?      Le maître repère des représentations, entend une question, note la curiosité d’un élève pour un sujet, l’intérêt d’un autre pour un phénomène qui intrigue (ex au CP « pourquoi il y a des trous sur la lune ? »). Les sujets d’étude sont tout trouvés.

Le maître n’a pas UNE réponse mais cherche avec eux et les registres des connaissances interagissent entre elles, les enfants font de la lecture, de la rédaction de texte, de la géographie, de l’histoire, des sciences… Les matières ne sont pas séparées. Reste à entrer dans l’exploration de documents, triés en amont par les élèves-chercheurs (c’est déjà un travail), le maître en lit une grande partie, les plus débrouillés se mettent à deux ou à trois selon les affinités et fouillent, regardent les images, se débrouillent avec les courtes phrases et le travail « scolaire » s’organise : il faudra dans le contrat de travail de la journée, lire, rédiger (quelques mots au CP), s’entrainer pour rédiger…
Il faudra étudier de près les techniques orthographiques et grammaticales au service de ce que l’on veut dire, aller plus loin dans l’étude des règles et des structures de phrase et se servir, en tâtonnant, d’outils mathématiques utiles dans la progression des connaissances qu’on a enclenchées comme utiliser les instruments de mesure et/ou classifier et/ou quantifier, repérer sur une carte pour situer, parfois dater, toujours dessiner et/ou représenter en trois dimensions (maquettes)…

Pour aller au bout de la logique le maître va organiser un circuit de communications dans la classe (lire aux autres son texte, montrer son document, exposer ses dessins…) et hors la classe ; afin de ne pas vivre repliée sur ses centres d’intérêt, la classe va partager ses recherches et ses questions avec d’autres élèves dans une autre école, la classe va échanger ses travaux, voire publier ses productions.

Dans ces conditions, les pistes de recherches vont ouvrir la classe aux apprentissages. Les leçons « parachutées » n’ont plus cours, ce qu’on étudie en classe a du sens.

On doit faire tout le contraire de ce qui est traditionnel en classe.
D’abord on doit développer l’aptitude à formuler un grand nombre de réponses à une question, à considérer cette question sous plusieurs angles (et si..), à penser autrement que selon des voies linéaires, à concevoir plusieurs réponses et non une seule…Pendant la scolarité on répète aux enfants : « il n’y a qu’une réponse, elle est écrite derrière mais ne tourne pas la page et ne copie pas, c’est de la triche ».

Quand on est ailleurs qu’à l’école, pour un problème, un souci, on va coopérer avec quelqu’un ou avec quelques autres pour évaluer les possibilités et leurs résultats. Cela s’appelle coopérer. Mais à l’école, c’est impossible. On travaille seul en cachant ses résultats, il est interdit de copier, d’échanger (« bavardage » dit l’Institution).
Or les élèves apprennent en coopérant et la coopération alimente le développement. Si nous atomisons les enfants, les séparons et les jugeons individuellement, nous les séparons de leur environnement éducatif naturel.

La Coopération est la seule voie pour vivre l’apprentissage sans brider l’imaginaire et la créativité. Les enfants adorent s’entraider. Il faut se baser sur ce sentiment, le plaisir de faire ensemble, pour amorcer le chantier des savoirs. En coopérant les élèves ne se coupent pas des autres et il y a une perméabilité des découvertes et des expériences, ce qui est bénéfique et stimulant dans la classe.

Les enfants sont de grands communicants.

Pour que la spontanéité et l’étonnement soient partagés, l’enseignant établit des contacts entre ses élèves grâce à du temps de parole, comme par exemple « l’entretien du matin » où celui ou celle qui le souhaite peut s’exprimer devant ses pairs sur un sujet, ainsi les centres d’intérêt des enfants font échos dans le groupe ; il vaut mieux entendre les exclamations, les controverses, les objections dans la classe, qu’une mouche voler dans le silence.

On soumet les enfants à un système uniforme. Je connais des enfants qui, dans certaines matières sont bien meilleurs que leurs copains du même âge ou qui travaillent mieux à certaines heures ou en petits groupes dans la classe, plutôt qu’en classe complète ou encore qui veulent rester seuls ou dans la journée qui choisissent un temps de repos. C’est l’instauration du travail individualisé dans la classe qui permet à chacun de gérer sa journée de travail. Ce qui amène d’autres formes d’organisation de classe et de contrôle, pour cela nous nous servons d’outils comme les plans de travail, les plannings et les bilans en fin de journée.

Enfin, Il y a la nécessité de permettre aux enfants une réflexion politique sur leur vie en commun dans la classe. C’est au cours du Conseil des élèves hebdomadaires que la vie dans la classe est « parlée » par les enfants eux-mêmes, ils peuvent alors exprimer leur regard sur l’organisation du travail coopératif et l’organisation individuelle de chacun. il faut donner la parole aux élèves et prévoir ce moments de parole dans l’emploi du temps. Ce temps de parole, plus institutionnel, permet d’améliorer l’organisation du travail coopératif et de choisir des méthodes de travail solidaires.

Les enfants dès 6 ans sont capables d’amorcer une réflexion sur ce qui se passe entre eux, à condition qu’on ne parle pas à leur place, c’est avec leurs mots qu’ils vont considérer le climat dans la classe et raisonner sur leurs relations, ils sont capables de construire la Loi pour bien vivre dans leur groupe, en imaginant des moyens et les limites du travail coopératif.

C’est le début d’une pensée civique en marche. Leur refuser dès le plus jeune âge de penser, de débattre de leur vie à l’école, leur ôter le désir de se questionner, de comprendre, leur imposer une obéissance passive, rend très pauvres les liens sociaux. Il faut commencer cette formation civique de la jeunesse dès 6ans et ne jamais l’interrompre de toute la scolarité.

Maintenant passons à la pratique

Pour mieux comprendre la complexité de l’organisation coopérative de la classe Freinet, je conseille de suivre les chapitres dans l’ordre du sommaire (à droite, en haut de page).

1ère partie : Une journée dans la classe Freinet

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